Mais au fait, c’est quoi une orchidée ?

Comment définir et reconnaître une orchidée à partir de quelques observations simples et faciles, ne nécessitant aucun matériel et aucune expertise en botanique. Avec quelques critères très simples, vous pourrez reconnaître une orchidée à coup sûr.
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La position des verrucosités ainsi que la taille et la forme des fleurs de Paph. callosum ne sont pas des critères discriminants pour séparer les taxons en raison des nombreuses formes intermédiaires, H. Perner.

Les orchidées forment l’une des plus grandes familles de plante à fleurs sur notre planète et la première parmi les monocotylédones. On trouve, dans cette famille nombreuse, de 25 000 à 30 000 espèces différentes (les botanistes reconnaissaient 26 567 espèces à la date du 1er janvier 2011), dont au moins 10 000 poussent entre les tropiques. On trouve de nouvelles espèces chaque année (par exemple, Paphiopedilum rungsuriyanum en 2014, Encyclia inopinata ou Telipogon diabolicus en 2016, Thrixspermum fernandeziae en 2017), parmi lesquelles certaines font partie des orchidées les plus spectaculaires (Phragmipedium kovachii, découvert en 2001). Vous qui êtes débutant, voire tout à fait novice, vous vous dîtes peut-être dès maintenant que tous ces noms de plantes sont bien compliqués et ne veulent rien dire. Ce sera donc l’objet d’un prochain article, avec lequel vous découvrirez qu’en réalité, la plupart de ces binômes parfois difficiles à prononcer ont un sens et deviennent beaucoup plus compréhensibles avec un peu de pratique.

Phragmipedium kovachii (Crédit photo A. Manrique)

Revenons à notre famille nombreuse. Les différentes espèces qui la composent peuvent être très différentes les unes des autres, avec une diversité extrême pour leur taille, leur forme ou leur couleur. On trouve des plantes pas plus grandes qu’une pièce d’un centime alors que d’autres peuvent mesurer plusieurs mètres et peser plus d’une tonne ! Les fleurs peuvent être si petites qu’elles sont difficiles à observer à l’œil nu, mais les pétales peuvent également atteindre un mètre de long. Les fleurs peuvent être solitaires, ou bien portées par centaines sur des hampes qui mesurent plus de trois mètres. Les fleurs d’orchidées existent dans presque toutes les couleurs, à l’exception du noir véritable (encore que Fredclarkeara After Dark ‘SVO Black Pearl’ n’en soit pas loin).

Fredclarkeara After Dark 'SVO Black Pearl' (crédit photo C. Jerez)

D’un point de vue botanique, les orchidées sont, est-il nécessaire de le préciser, des plantes à fleurs et à graines (Angiospermes) monocotylédones, ce qui signifie que, lorsque l’embryon germe, une seule feuille initiale est produite, mais aussi que les vaisseaux et les nervures sont généralement parallèles, ainsi que d’autres caractéristiques morphologiques qui ne seront pas approfondies ici. Les monocotylédones les plus connues sont les céréales comme le maïs, le blé ou l’orge. Au plus près des orchidées, on retrouve les familles des iris et des lis. Dans ces deux familles, les fleurs présentent six pièces florales. Les trois plus externes sont les sépales, qui, dans ces deux groupes, ressemblent beaucoup aux trois pièces internes, les pétales. On trouve ensuite les étamines, organes reproducteurs mâles qui produisent le pollen et enfin le pistil, organe femelle qui reçoit le pollen et conduit aux ovules, qui donneront finalement des graines.

Malgré leur extraordinaire diversité, toutes les orchidées présentent une structure identique, basée sur six pièces florales et une symétrie bilatérale unique. En effet, contrairement aux pâquerettes ou aux asters, les orchidées ne présentent pas de multiples axes de symétrie, mais un seul, qui divise la fleur en deux dans le sens de la hauteur, lui donnant ainsi la même symétrie que la plupart des animaux. Les trois pièces florales externes sont appelées sépales, les trois suivantes sont les pétales. Les sépales sont parfois moins colorés que les pétales, mais cela n’est pas toujours vrai dans cette famille pleine de surprises. L’un de ces pétales, appelé labelle, est fortement modifié, jouant un rôle particulièrement décisif pour attirer les insectes pollinisateurs. Il donne aux orchidées leur aspect si particulier et il est très précieux pour les botanistes, qui l’utilisent pour déterminer quelle espèce d’orchidée ils étudient.

Si les orchidées ont un plan d’organisation assez conservé dans toute la famille, l’apparence de chacun de ces éléments peut varier fortement d’une plante à l’autre. On retrouve toujours les trois sépales souvent identiques entre eux, plus ou moins colorés selon les espèces et les variétés puis les pétales, souvent plus colorés et portant des motifs complexes. Contrairement à une fleur de lis, celle des orchidées présente une originalité au niveau de ses pétales. Le labelle donne à la fleur d’orchidée sont aspect si particulier, avec une symétrie bilatérale très rare dans le monde végétal, sans doute la raison pour laquelle nous nous sentons si attirés par ces plantes exceptionnelles.

Quelques fleurs d'orchidées, toutes différentes, mais toutes comparables (crédit D. Lafarge)

Au cœur de la fleur aussi, les orchidées ont innové. On ne trouve plus les habituelles étamines et le pistil, mais une structure unique qui regroupe les différents organes reproducteurs, la colonne. Cette colonne porte à la fois le pollen et le stigmate qui reçoit le pollen. Contrairement aux lis ou aux iris, le pollen n’est pas libre, mais compacté et collé par des cires végétales. Ces petits paquets solides de pollen sont appelés pollinies. Leur nombre est variable selon le groupe d’orchidées et cela permet d’ailleurs aux botanistes de séparer la famille en plusieurs grands groupes (sous-familles et tribus). Ces pollinies sont reliées entre elles par une structure spéciale, le viscidium (ou rétinacle, en bon français), qui, comme son nom l’indique, contient une zone visqueuse qui se colle sur le pollinisateur emportant ainsi le pollen vers la fleur suivante. Juste en dessous des pollinies, on trouve le stigmate, porte d’entrée vers l’ovaire qui contient les ovules, qui deviendront bientôt des graines après la pollinisation.

À partir de ce modèle général et conservé dans presque toutes les espèces, d’infinies variations sont possibles. Les pétales peuvent quasiment disparaître alors que les sépales prennent toute leur importance (Masdevallia), le labelle peut être transformé en forme de sabot (Paphiopedilum, Phragmipedium, Cypripedium), s’étaler considérablement (Miltoniopsis) et les pétales peuvent également s’allonger à l’extrême (Phragmipedium caudatum, Paphiopedilum sanderianum). Certaines fleurs ont développé des systèmes de catapultes à pollen (Catasetum) alors que certains labelles imitent un morceau de viande en décomposition, incluant les vers… Décidément, les fleurs d’orchidées réservent toujours des surprises !

Paphiopedilum sanderianum 'Kou' (crédit photo D. Lafarge)

Si le chiffre de 30 000 espèces vous impressionne déjà, parlons des hybrides. En effet, les hommes ont toujours envie de changer la nature pour lui faire produire de nouvelles variétés de plantes ou d’animaux, comme si la diversité offerte par la nature n’était jamais suffisante ! Depuis les débuts de l’orchidophilie, les horticulteurs, ou les obtenteurs, ont ainsi multiplié les croisements entre différentes espèces, parfois sur plusieurs dizaines de génération, jusqu’à obtenir des fleurs à leur goût et à leur convenance. Il est difficile de donner le nombre exact et exhaustif de ces hybrides, mais on peut assurer qu’il en existe plusieurs centaines de milliers sans prendre de risque. La famille des orchidées, déjà gigantesque à l’état naturel, est donc encore agrandie par toutes ces créations humaines, qui ajoutent encore en diversité et en variété.

J’espère que, débutant (ou pas d’ailleurs), vous aurez trouvé de quoi progresser dans la connaissance des orchidées. Si vous souhaitez en savoir plus, on vous conseille cet article plus détaillé.

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